[COMMUNAUTÉ] Portrait de Flora Vincent, alumna

Flora Vincent est en post-doctorat en microbiologie marine en Israël. Curieuse par nature, elle a rejoint le CRI à la suite d’un cursus d’ingénieure à AgroParisTech. Un vrai déformatage pour mieux s’émanciper, à sa manière et sans se brider. Le CRI permet à Flora de nourrir sa grande curiosité, de co-fonder l’association WAX Science pour la place des femmes dans les sciences, et de faire sa thèse en microbiologie marine, sujet qui la passionne. Rencontre.

Flora est née à Marseille. Enfant, elle pose beaucoup de questions en classe, ce qui n’est pas particulièrement encouragé… Flora passe ses vacances en bord de mer, et rêve de devenir monitrice de plongée. Très curieuse, elle rentre finalement en classe préparatoire de biologie avant d’intégrer l’école d’ingénieurs AgroParisTech. A la fin de son cursus, Xavier Duportet, ancien de son école, lui parle du CRI. Flora est intéressée et arrive donc au CRI en deuxième année de master. « On a créé un vivier d’Agro au CRI » explique-elle. La transition entre l’école d’ingénieurs et le master du CRI passe par la semaine d’intégration à Sèvres – moment fondateur aux yeux de Flora, pour diverses raisons. « C’est là que tout se joue. Tu sors d’une prépa d’école d’ingénieurs et tu te retrouves assise au milieu d’autres personnes à faire des choses étranges, comme retranscrire le code génétique en notes de musique. Nous avions appelé ça la « Symphonie de la vie » », explique Flora en souriant. L’accessibilité des professeurs, les ateliers créatifs, voire « loufoques » et le fait que les étudiants soient pris au sérieux sont des ingrédients essentiels à cette transition. « On nous dit : on veut que vous partiez en cacahuète, mais faites-le bien.

« Le CRI fait sauter les verrous pour que l’on ose. Il y a une audace, une folie latente en nous, et elle ressort !». Pour Flora, cela crée un déclic. « C’est un grand RESET de la machine. Ils essaient de nous déformater pour que l’on se construise à notre manière »

La création de cet espace de curiosité, peu d’institutions le permettent, reconnaît Flora : « J’ai vendu le CRI comme on ne peut pas le vendre ! ». C’est un véritable lieu de débats, où la petite fille qui posait trop de questions devient une étudiante dont la curiosité est encouragée  : « Ça change vraiment la donne. D’un coup, on te dit « le but, c’est d’être curieux » !  Tu dis plus de bêtises certes, mais la priorité est donnée à la réflexion » . L’autonomie et l’indépendance sont aussi essentielles, et une grande liberté est offerte aux étudiants, sans que personne ne vienne les prendre par la main. C’est ainsi que Flora a pu explorer son sujet de thèse dès le master en faisant des stages dans des laboratoires : « Je me suis aperçue que ce sont les stages de recherche qui m’amusaient vraiment ! »

En parallèle, avec Aude Bernheim, devenue une amie proche, elle crée l’association WAX Science pour promouvoir les sciences et les femmes dans les sciences. Elles se lancent dans l’aventure après avoir produit une vidéo sur le sujet qui crée l’émulation (cette vidéo a été réalisée dans le cadre du club « Draw me Why » avec, entre autres, Stéphane Debove). Pendant quatre ans, Flora et Aude ont géré WAX Science, en organisant des réunions hebdomadaires avec quarante personnes, en animant des stands aux Solidays, en faisant de la sensibilisation auprès du grand public… Flora dit avoir beaucoup appris : gestion de projets, gestion d’équipe, prise de parole etc. « Le CRI encourage les initiatives étudiantes et les professeurs ont été exceptionnels de soutien ». Aujourd’hui, WAX Science existe toujours, mais Aude et Flora ont passé le flambeau. Cela ne les empêche pas de continuer des projets ensemble: elles ont co-écrit le livre L’Intelligence artificielle, pas sans elles, ouvrage où elles explorent les biais genrés des algorithmes. « L’idée générale à travers notre démarche depuis WAX Science, c’est que pour produire de la bonne science, il faut que les équipes soient diversifiées. Des équipe mixtes ont plus de chance de prendre en compte la dimension du sexe et du genre dans leur recherche. C’est mon cheval de Troie à moi, le meilleur moyen pour rectifier le tir en usant des sciences. » explique Flora pour qui « ce qui ne se mesure pas, n’existe pas ». Car Flora est un esprit scientifique, qu’elle a développé au CRI et lors de la construction de sa thèse en microbiologie marine avec l’ENS. « Si j’avais été professeure de plongée, je me serais embêtée intellectuellement. Au moment de faire ma thèse en 2013, le bateau TARA terminait tout juste son expédition ! ». C’est sur cette expédition scientifique dont le but était de faire un état des lieux de la biodiversité des microorganismes marins que Flora fait sa thèse.

« C’était un consortium international. Ce qui importait, c’était la science, et l’on cherchait à sensibiliser le grand public. Cela me correspondant totalement, et c’était les valeurs du CRI finalement. »

Flora, très enthousiaste lorsqu’elle parle de sa recherche, explique qu’elle a découvert des milliers de choses au cœur de ce projet monumental : « J’étudiais les interdépendances entre certains membres de phytoplanctons. Maintenant, quand une espèce meurt, je vois tout le réseau d’interactions qui s’éteint avec.» Flora est ainsi repartie avec de nouveaux questionnements, et une nouvelle paire de jumelles pour explorer. Totalement stimulée intellectuellement, et dans son élément.

« Le CRI ouvre le champ des possibles, et je fais partie des gens qui en ont tiré le maximum », conclut-elle.

Un article de Marie OLLIVIER

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