La COP26 est terminée. Qualifiée de“dernier et meilleur espoir” pour sauver la planètepar son organisateur en chef [1], la COP26 n’a fait que souligner – une fois de plus – le manque d’ambition des gouvernements à prendre de vraies mesures urgentes pour le climat. Quelques jours plus tard, le souvenir flou des engagements creux des gouvernements sur le changement climatique s’estompe rapidement. Ce dont nous devons nous souvenir, c’est du son international, large et fort, des jeunes qui élèvent la voix et demandent à leurs gouvernements de rendre des comptes sur leurs droits et sur la justice climatique.
Les impacts du changement climatique frappent inégalement les sociétés et les individus. Les riches et les pauvres, les femmes et les hommes, les générations les plus âgées et les plus jeunes ne supportent pas – et ne supporteront pas – les mêmes effets de la montée des eaux, du réchauffement de la planète, de l’augmentation de la pollution et des conséquences sur la santé. Reconnaître l’inégalité des responsabilités et des conséquences de la crise climatique est l’une des premières étapes vers la justice climatique. Une autre étape consiste à travailler sur des solutions qui vont au-delà des défis environnementaux et qui s’attaquent également aux défis sociaux et politiques. La justice climatique [2] consiste à comprendre que les objectifs durables sont étroitement liés.
Des actions proactives sont nécessaires pour atteindre les ODD (objectifs de développement durable des Nations unies [3]). Au CRI, nous pensons que l’éducation et la sensibilisation sont des éléments clés pour résoudre les défis de notre temps et des temps à venir. Nous sommes convaincus que la collaboration interdisciplinaire et intergénérationnelle est essentielle pour aborder les ODD en général, et l’action climatique en particulier.
Nous voulons sensibiliser autant que possible et convaincre autant d’acteurs que possible – et aussi divers que possible. Au CRI, en tant qu’institution axée sur la recherche et l’éducation, en tant que membre d’un réseau international et en tant qu’hôte pour différentes communautés, nous agissons pour trouver des solutions et pour garantir que les prochaines générations sont entendues et trouveront des solutions plus créatives à l’avenir.
De la sensibilisation à l’autonomisation des nouvelles générations
Dès le plus jeune âge, auprès des jeunes et des jeunes chercheurs, CRI développe et encourage des programmes visant à sensibiliser aux grands défis sociaux et environnementaux. Les changements d’habitudes ne suffisent pas, il faut aussi s’attaquer aux objectifs de développement durable par le biais de l’éducation. Ces programmes et activités ne se contentent pas d’alerter, ils sont aussi conçus pour responsabiliser les gens en leur donnant les méthodes et les outils nécessaires pour identifier et alimenter collectivement les solutions à ces défis.
Une éducation pour comprendre et identifier les problèmes liés au climat
Il serait inexact de penser que les enfants ne sont pas conscients du changement climatique et de ses conséquences. Le plus souvent, ils entendent et comprennent bien plus de choses que nous ne le soupçonnons. Malgré cela, ils continuent d’apprendre chaque jour – tout comme nous – et ont souvent besoin d’élargir leur point de vue, d’apprendre une méthode, d’expérimenter. Conscients de cela et des lacunes des programmes scolaires, les Savanturiers – École de la Recherche ont développé une boîte à outils sur la justice environnementale pour aider les enseignants et les éducateurs à aborder les problèmes climatiques, les droits environnementaux et à agir en conséquence avec leurs classes. De l’école primaire au lycée, les professionnels de la pédagogie ont également accès à des activités et des projets clés en main, à la croisée des disciplines. Avec le “Hackathon durable en classe”, les élèves doivent utiliser des connaissances et des compétences scientifiques ainsi qu’une expertise économique pour s’attaquer à des problèmes sociaux sur l’urbanisme, la consommation, la vie civique, les politiques territoriales.
Au CRI, les étudiants en licence, master et doctorat de l’Université de Paris sont mis au défi de construire leurs propres projets et de prendre en compte leurs impacts. Dans un souci de sensibilisation, les équipes pédagogiques ont intégré autant que possible la notion de durabilité, notamment écologique, dans leur cursus. Le cursus de licence comprend un semestre entier consacré aux ODD, sous forme de projet : “Life Sciences for SDGs” (sciences de la vie pour les ODD). Pendant un semestre, les étudiants deviennent des apprentis chercheurs, développent et créent des solutions durables et écologiques pour répondre aux problèmes socio-économiques. En master, les étudiants apprennent à utiliser des algorithmes moins gourmands en énergie et en ressources, par exemple. Les étudiants étudient tout en ayant un impact, en percevant l’interdépendance des 17 DGO et “les solutions systémiques, intégrées et interdisciplinaires qu’ils requièrent” [4].
L’école doctorale [5] propose également un cours intitulé “Responsabilité dans la recherche et l’entrepreneuriat”. Dirigé par Mélanie Marcel (PDG de SoScience), ce cours propose une nouvelle vision de la recherche et de l’entrepreneuriat dans laquelle les scientifiques peuvent s’engager en tant que citoyens à travers la recherche, et dans laquelle “le pouvoir de la science et de la technologie génère des impacts positifs pour les gens et la planète” [6].
Une méthode basée sur les projets pour commencer à construire l’avenir
Comme nous l’avons déjà mentionné, nous croyons en l’apprentissage par projet et en l’apprentissage par la recherche. Au CRI, nous sommes convaincus qu’expérimenter, échouer, corriger et finalement réussir est le meilleur moyen d’apprendre durablement et de continuer à apprendre. En tant que tel, CRI soutient et encourage les projets innovants et interdisciplinaires ciblant les questions liées aux ODD. Dans le cadre du projet CITIES, les étudiants contribuent aux ODD. Un exemple serait le grand projet étudiant “Clean energy with N. CRASSA” (énergie propre avec N. CRASSA). Les étudiants ont identifié deux problèmes : le problème du recyclage des déchets cellulosiques (papier, coton, drêches de brasserie, etc.) et le besoin d’une nouvelle source d’énergie. Grâce à la recherche, les membres du projet visent à “mettre en œuvre un protocole efficace basé sur la littérature en utilisant N.Crassa (un champignon) pour produire du bioéthanol par la dégradation de certains de nos déchets cellulosiques quotidiens“.
Nous sommes fiers de constater que les étudiants s’engagent également en dehors des activités scolaires. Le Upcycling Club [7] a été fondépour“découvrir différentes solutions d’upcycling afin de donner une nouvelle vie à tout ce qui est considéré comme un déchet” au sein de la communauté du CRI, mais aussi à plus grande échelle en partageant leurs découvertes en dehors du CRI.
Responsabiliser les étudiants et les inciter à agir avec des équipes pédagogiques, des chercheurs dédiés et des programmes d’études adaptés est une chose. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi s’appuyer sur l’engagement enthousiaste des jeunes. La meilleure preuve en est la formidable initiative menée par des étudiants de l’Université de Grenoble Alpes : la COP2 Étudiante. L’association a pour but de sensibiliser les établissements d’enseignement supérieur français aux défis environnementaux et s’engage à faire en sorte que ces établissements agissent au sein de leur propre communauté, de leurs programmes d’études et de la gestion de leur campus. Au CRI, 4 étudiantes de l’Université de Paris (Fanny Gouel, Nour Bocquet, Louise Jouveshomme, Nina Sibertin-Blanc) ont dirigé des groupes de travail composés d’étudiants, de membres du personnel et d’enseignants afin de repenser nos méthodes en tenant compte de tous les aspects des défis environnementaux et sociaux qu’elles pourraient soulever. En France, 70 établissements d’enseignement supérieur ont participé à des processus similaires, représentant environ 300 000 étudiants au total.
En tant qu’établissement accueillant des formations supérieures et travaillant avec l’Université de Paris, le CRI a également pris ses responsabilités et, avec l’aide active de Living Campus, a changé et continue d’améliorer ses habitudes en réduisant sa consommation d’énergie et ses déchets, en achetant des produits locaux lorsque c’est possible, etc.
Living Campus : une initiative transversale au sein du CRI
Officiellement lancée en 2020, Living Campus est plutôt née de différentes initiatives existantes auparavant. Ses considérations et ses actions sont transversales à tous les services, communautés et activités du CRI. Living Campus dirige, soutient et promeut le développement d’activités et d’habitudes durables. Il repose sur trois principes : travailler à un campus sobre, un campus d’apprentissage et un campus “engageant”. En analysant les consommations d’énergie, d’eau et de ressources sur le campus, et en recherchant constamment des solutions plus durables, Living Campus influence l’ensemble des pratiques institutionnelles et communautaires. Dernièrement, Living Campus a établi un rapport de consommation de nos différentes activités, puis a équilibré certains aspects de notre consommation, notamment en mettant en place un nouveau processus de chauffage/refroidissement. Leur équipe a également créé une grille d’évaluation pour aider à déterminer si nos fournisseurs respectent nos valeurs (cycle court, pratiques durables, etc.). Living Campus facilite également les échanges, les discussions et les collaborations entre les différentes communautés représentées au CRI (personnel, chercheurs, étudiants, enseignants, porteurs de projets, etc).
Et pour sensibiliser et agir de manière ludique, Living Campus a réuni 2 équipes du CRI (avec des participants du personnel et des étudiants) pour participer au concours “Ma Petite Planète” [8]. Pendant 3 semaines, des collègues – on peut aussi jouer avec des amis et des membres de la famille – ont fait équipe et se sont affrontés, avec des équipes basées dans le monde entier, sur des défis écologiques proposés sur la plateforme. Au CRI, la compétition a mobilisé 17 participants qui ont réussi à relever 244 défis environnementaux !
Agir avec les partenaires institutionnels : s’enrichir mutuellement dans un réseau engagé
Les solutions doivent être transversales et construites collectivement
Les ODD sont interdépendants. Travailler pour l’un de ces objectifs, c’est aussi travailler pour plusieurs autres. C’est formidable, mais cela montre aussi combien de disciplines et d’acteurs doivent être impliqués dans les solutions pour les ODD. Afin de créer une boîte à outils pour la justice climatique, Savanturiers – École de la recherche s’est associée à Notre Affaire à Tous, une association profondément enracinée dans la lutte pour la justice climatique.
Nous sommes également très fiers de faire partie du projet de l’Académie du Climat. L’Académie du Climat, basée à Paris et gérée par la Ville de Paris, est un lieu dédié à la jeunesse, un lieu privilégié pour informer, sensibiliser et engager les jeunes sur des questions sociologiques et environnementales. C’est aussi un projet sur lequel interagissent de nombreux partenaires engagés dans l’action climatique. Entre autres : Together 4 Earth, COP2 Étudiante, E-graine, Jeunes Ambassadeurs pour le Climat JAC, Penser l’Après, Agence Parisienne du Climat.
Nous accueillons également l’Université d’été des ODD, dirigée par le CRI et l’Université de Genève, “une université de quatre semaines basée sur des défis qui vous donne accès à une plateforme où vous pouvez exprimer une opinion, prendre une action et créer un impact aux côtés de 15 jeunes leaders du monde entier“
Aller au-delà du local, aller vers le mondial
Nous souhaitons également étendre globalement notre portée en matière d’éducation aux ODD, en rassemblant des organisations et des communautés qui agissent dans un but commun. L’alliance internationale #LearningPlanet s’intéresse de près aux questions de durabilité. Elle a co-créé, avec le Club de Rome, le “Cercle de l’apprentissage pour la durabilité” qui “explore la manière dont les processus d’apprentissage et tous les types d’éducation doivent évoluer en s’interrogeant sur ce que les apprenants doivent être, comprendre, savoir et faire“. Réunissant des acteurs de premier plan (institutions, praticiens, scientifiques, artistes, activistes et jeunes), ce cercle facilite considérablement l’émergence de projets innovants et proactifs pour des pratiques plus durables. Parmi les autres partenaires engagés dans ce cercle : Ashoka fellows, membres de Catalyst 2030, Campus AFD, Climate Action Project, Youth for Sustainability Initiative, etc.
Par ailleurs, CRI est l’un des 6 partenaires du consortium transdisciplinaire Crowd4SDG, qui promeut “le développement de projets de science citoyenne visant à aborder les ODD, en mettant l’accent sur l’action climatique”. Il s’agit d’une action de recherche et d’innovation Horizon 2020 d’une durée de trois ans, soutenue par le programme Science avec et pour la société (SwafS) de la Commission européenne. À l’heure où nous écrivons ces lignes, les équipes participant au programme préparent de grandes idées sur la manière de s’attaquer à la fois au climat et au genre.
Le 20 novembre, chaque année depuis 1959, nous célébrons la Journée mondiale de l’enfance [9]. Cette journée célèbre les droits de l’enfant. Mais comment réaffirmer ces droits alors que le changement climatique et ses effets assombrissent considérablement l’avenir des générations futures ? Comment s’assurer que ces droits évoluent en fonction des défis et des responsabilités que nous leur imposons ? Au CRI, nous plaidons pour une réévaluation des droits de l’enfant, une mise à jour qui favorisera la citoyenneté des jeunes. En incluant de plus en plus de jeunes engagés dans les processus démocratiques, en les impliquant dans les sciences, en les aidant à mener une réflexion ouverte et collective, nous voulons les aider à comprendre leurs droits et à savoir comment les utiliser. Nous voulons qu’ils réalisent qu’ils ont le droit d’avoir des droits.
Dans le prolongement de ces valeurs, et en s’appuyant sur son expertise en éducation, Savanturiers – École de la Recherche présente actuellement un Mooc sur l’éducation à l’ère de l’anthropocène(L’éducation en anthropocène [10]). Les 6 sessions de ce Mooc, et les tables rondes associées, sont dédiées aux professionnels de l’éducation, aux scientifiques et à toute personne intéressée à engager une discussion et à éduquer les jeunes générations aux nouveaux défis auxquels nous sommes confrontés dans l’anthropocène(rejoignez-nous au CRI le vendredi 19 novembre à 18h pour une grande discussion sur l’anthropocène à travers les disciplines ici). A un autre niveau, #LearningPlanet a travaillé en étroite collaboration avec Ashoka France, CAP-2030 et Catalyst 2030 pour lancer le Youth Empowerment Circle, dans lequel “les institutions, les praticiens, les scientifiques, les artistes, les activistes et les jeunes intéressés par l’amplification de la voix des jeunes dans les domaines des droits, de la santé et de l’éducation et travaillant sur le sujet désigné peuvent s’impliquer” [11]. Le 20 novembre et avec la Ville de Paris, le Cercle francophone pour l’autonomisation des jeunes se réunira au CRI pour une nouvelle session(rejoignez-nous en ligne le 20 novembre à 17h ici). Et ce n’est pas un hasard si le plus grand événement organisé par #LearningPlanet se trouve être la Journée internationale de l’éducation, le 24 janvier. Nous espérons vous voir – individus, éducateurs, institutions, associations, jeunes, etc – au Festival #LearningPlanet pour aller encore plus loin dans notre engagement envers les jeunes !
En savoir plus :
#LearningPlanet – et devenez un jeune boursier #LearningPlanet
Et pour les plus francophones d’entre vous, nous vous proposons d’écouter et de regarder :
- L’épisode “A quand la république des enfants ?” – un podcast de Combattants Pacifiques
- Les 6 séances du Mooc “L’éducation en anthropocène” de Savanturiers – École de la Recherche
- La table-ronde d’ouverture du MOOC “L’éducation en anthropocène” de Savanturiers – École de la Recherche avec notamment Ange Ansour, directrice Savanturiers – École de la Recherche, François Taddei, co-fondateur du CRI, Antoine Maldonado et Frédérick Heissat, co-fondateurs du réseau Profs en transition et Monique Dupuis, Inspectrice générale de l’éducation nationale, du sport et de la recherche, référente pour l’Éducation au développement durable
- Penser l’Après – La série de Webinaires qui “Pense L’après” Covid-19, présentée et produite par Stacy Algrain.
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[1] 6 takeaways from the U.N. climate conference, The New York Times (Nov. 13, 2021) https://www.nytimes.com/2021/11/13/climate/cop26-climate-summit-takeaways.html
[2] Justice climatique, Plate-forme d’assistance en matière de droit et d’environnement https://leap.unep.org/knowledge/glossary/climate-justice
[3] Les 17 objectifs, Nations unies https://sdgs.un.org/goals
[4] Appréhender les objectifs de développement durable par l’enseignement, Ariane Baumard (8 mars 2021) https://news.cri-paris.org/news/ZZ8l2Zbi
[5] L’école doctorale “Frontières de l’Innovation en Recherche et Éducation” (FIRE) est un programme doctoral international et interdisciplinaire, hébergé par l’Université de Paris (UdP) et co-hébergé par l’Université Paris Sciences et Lettres (PSL), qui promeut des projets de recherche originaux et ambitieux impliquant des interactions entre un large éventail de disciplines académiques dans la poursuite de la compréhension des systèmes vivants, et/ou l’exploration de nouvelles façons d’enseigner, d’apprendre, et de faire de la recherche.
[6] Extrait du programme de cours du doctorat FIRE 2021-2022
[7] Les activités de ce club visent les ODD 11, 12 et 15.
[8] Prochain défi “Ma Petite Planète” le 31 janvier 2022 https://mapetiteplanete.org/
[9] Le 20 novembre 1959, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la Déclaration des droits de l’enfant, https://www.un.org/en/observances/world-childrens-day
[10] Mooc “L’éducation en anthropocène“, proposé par Savanturiers – École de la Recherche, avec l’aide de Fun Mooc et Université de Paris.
[11] Cercle d’autonomisation des jeunes – https://projects.learning-planet.org/projects/uJJO9GBt/des
Crédits photo – © Quentin Chevrier




