Par Pavel Luksha & François Taddei
Les universités se trouvent à un moment critique de l’accélération des défis mondiaux, collectivement connus sous le nom de polycrise. Malgré une histoire séculaire de résilience et d’adaptation, le modèle universitaire traditionnel, façonné par les idéaux des Lumières et ancré dans les paradigmes industriels modernes, est aujourd’hui confronté à une convergence de perturbations qui menacent ses missions essentielles d’éducation, de recherche et de développement sociétal. Il s’agit notamment de l’intensification des pressions visant à fournir un apprentissage plus pertinent et plus souple, de la montée en puissance de technologies avancées telles que l’IA qui dépassent les infrastructures conventionnelles de recherche et d’apprentissage, et du scepticisme croissant quant à la capacité du monde universitaire à faire face aux crises planétaires et sociales urgentes.
Ce Manifeste propose une mission planétaire pour les universités : une évolution des gardiens du savoir vers des bâtisseurs de ponts qui orchestrent des solutions transdisciplinaires, gèrent les biens communs mondiaux et nourrissent des modèles inclusifs d’apprentissage et de gouvernance. Nous soutenons que les universités doivent adopter une éthique du “tissage”, en favorisant les écosystèmes qui intègrent de multiples formes d’intelligence (humaine, artificielle et au-delà), relient les perspectives intergénérationnelles et favorisent un leadership éthique à travers les réseaux mondiaux. L’essor de l’intelligence artificielle générale et l’érosion continue de la confiance sociale soulignent l’urgence d’un nouveau modèle centré sur des programmes de recherche régénératifs, la cocréation démocratique et la culture de l’attention, à la fois pour les individus et pour nos systèmes planétaires. Tout en soulignant les obstacles persistants – tels que les structures disciplinaires rigides, les mesures réductrices et la cooptation politique – nous mettons en lumière des exemples émergents d’institutions novatrices qui incarnent déjà le potentiel de transformation d’une université centrée sur la planète. Le Manifeste conclut en invitant les décideurs politiques, les bailleurs de fonds, les responsables universitaires et les apprenants eux-mêmes à participer à la co-création d’un écosystème de l’enseignement supérieur adapté à notre avenir collectif.
Confucius a dit que “nous avons deux vies et que notre deuxième vie commence lorsque nous réalisons que nous n’en avons qu’une”. Le fait d’être conscient de nos vies limitées est peut-être ce qui rend notre espèce différente. Mais notre époque est également particulière car nous prenons conscience que notre civilisation et même notre espèce sont également entrées dans leur deuxième vie après Hiroshima et Nagasaki, une prise de conscience qui s’accentue à mesure que nous continuons à inventer des moyens qui menacent notre survie même et que les crises multiples s’intensifient dans ce que l’on appelle aujourd’hui la polycrise. Nous pensons que les universités entrent elles aussi dans leur seconde vie, puisque certaines d’entre elles sont déjà contraintes de fermer et qu’elles sont confrontées à des défis de plus en plus nombreux qui pourraient les menacer si elles n’étaient pas capables d’évoluer.
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