Au Népal, quatre femmes sont diagnostiquées avec un cancer du sein chaque minute, et une en meurt, ce qui en fait le cancer le plus répandu chez les femmes dans le monde et le deuxième cancer le plus répandu dans l’ensemble.
Consciente de cette situation, Sweekrity Kanodia, doctorante à l’Institut Learning Planet (anciennement CRI), a eu l’idée de créer l’application mobile BreMo(BreastHealth in Nepal Monitoring& Awareness) afin d’aider à prévenir et à diagnostiquer le cancer du sein au Népal.
Toutes ses recherches et le développement de l’application se sont faits autour de l’open source. Outre une volonté d’accessibilité pour tous, Sweetkrity agit sur la prévention directement sur le terrain, en sensibilisant les femmes à l’utilisation de BreMo.
️ Entretien avec cette brillante étudiante pleine d’ambition altruiste.
*Cet entretien a été mené en 2021 – toutes les références au “CRI” désignent ce qui est aujourd’hui l'”Institut Planète Apprentissage”.
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Bonjour Sweekrity,
Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis Sweekrity Kanodia, doctorante au CRI Paris. Je suis née et j’ai grandi dans un petit village du Népal, près de la frontière indienne. En grandissant, j’ai été très intriguée par la biotechnologie et l’immensité de ce domaine. Au fur et à mesure que je m’enfonçais dans cette mer, j’ai réalisé son potentiel pour améliorer la vie des gens. Ayant vécu la difficulté d’obtenir des soins médicaux (j’étais souvent malade lorsque j’étais enfant) et observé la pauvreté tout autour de moi, j’ai voulu mettre au point des technologies médicales frugales. C’est ainsi que mon voyage a commencé.
Pouvez-vous nous en dire plus sur le projet ? Comment est-il né ?
Mon projet vise à améliorer la santé des seins au Népal en utilisant des innovations numériques ouvertes et portables. les 2 aspects du projet sont les suivants
- Une application open source pour éduquer les femmes sur la santé des seins et le cancer du sein : il s’agit d’une plateforme dont le code source est facilement accessible et qui peut être modifiée ou améliorée par n’importe qui.
- Un système de surveillance à distance, portable et open source pour surveiller les seins tous les mois
Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est l’#Open-source et pourquoi c’était si important pour votre projet ?
“Open source” signifie accessible à tous, sans droits individuels. Je suis en faveur de l’open source ou de la science ouverte parce que toutes les innovations et les améliorations dans le domaine de la science et de la technologie appartiennent à tous. Le fait d’avoir des droits et un monopole sur ces innovations les rend moins accessibles et moins abordables. Si les innovations en matière de santé deviennent coûteuses, elles ne seront pas utiles à la moitié de la population mondiale vivant dans la pauvreté, ce qui ne permet pas d’atteindre l’objectif des innovations et des réformes dans le domaine de la santé.
Quel a été le rôle du CRI dans le processus de construction de votre projet ?
Le CRI m’a accompagné depuis le début de ce projet. De plus, CRI étant un laboratoire de recherche, j’ai eu la chance d’être encadré et soutenu par le Dr Jean Christophe Thalabard – Professeur émérite expérimenté, le Dr Kevin Lhoste – Chef de projet du MakerLab, et le Dr Bastian Greshake Tzovaras – Directeur de recherche et Long Term Fellow au CRI.
Ils m’ont également aidé à entrer en contact avec des experts dans le domaine, comme le Dr Fabien Reyal – Docteur en recherche translationnelle, afin de développer ce projet et de postuler pour le programme de doctorat FIRE. Le Dr Ariel Lindner, cofondateur et directeur de recherche du CRI, et le Dr Amodsen Chotia , directeur scientifique du CRI Labs, m’ont également beaucoup motivé et soutenu tout au long du projet. Le MakerLab et le GameLab du CRI m’aident toujours à développer respectivement le dispositif de surveillance et l’application.
Quelles sont les prochaines étapes pour le développement de votre projet, de l’application… ?
La prochaine étape est de travailler avec des développeurs d’applications et de faire de BreMo une réalité. Une fois que la première version de l’application sera prête, je veux l’emmener sur le terrain. Je formerai des femmes bénévoles au Népal à l’utilisation de BreMo et, par leur intermédiaire, j’enseignerai BreMo à la communauté. Je mènerai également une enquête au moyen d’un questionnaire avant la formation et six mois après, afin de comprendre l’évolution des connaissances due à BreMo. Cela m’aidera à améliorer l’application pour la population cible. J’aimerais également l’étendre à d’autres pays en développement.
Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Au cours de mon doctorat, j’aimerais créer une entreprise sociale axée sur la santé des seins dans les pays en développement. Cette organisation apportera un soutien aux femmes en matière d’éducation et de traitement du cancer. BreMo sera la base de cette organisation. Parallèlement, j’aimerais poursuivre la conception UX/UI, un nouvel intérêt trouvé lors de la conception de BreMo.
Note:
Cet entretien a été mené en 2021. Depuis l’année dernière, Sweekrity Kanodia a réalisé une étude pour comprendre les applications de santé mammaire actuelles et existantes, leurs lacunes et leurs avantages. Elle travaille actuellement à l’intégration de ces retours d’expérience dans la nouvelle version qui devrait bientôt voir le jour.
Parallèlement, elle étudie le développement de seins synthétiques frugaux afin d’informer les femmes sur les différents types de grosseurs, cancéreuses ou bénignes.
*Le CRI est désormais l’Institut Planète Apprentissage




