Chercheuse et doctorante, Sweekrity Kanodia tente de vaincre le cancer du sein en exploitant des moyens numériques open source pour sensibiliser les femmes des villages ruraux du Népal au cancer du sein et à l’auto-contrôle.
Selon une revue scientifique publiée en 2018, “le cancer du sein est la deuxième tumeur maligne la plus fréquente chez les femmes népalaises. (…) Dans les pays à faible niveau de ressources comme le Népal, les cancers du sein sont couramment diagnostiqués à des stades tardifs et les femmes peuvent recevoir un traitement, un soulagement de la douleur ou des soins palliatifs inadéquats. Les disparités socio-économiques et l’insuffisance des ressources financières entravent la prévention du cancer du sein au Népal.”(National Library of Medicine, 2018)
Consciente de cela, Sweekrity Kanodia, doctorante FIRE à l’Institut Planète Apprentissage, a eu l’idée de créer une application mobile BreMo (Breast Health in Nepal Monitoring & Awareness) afin d’aider à la prévention et au diagnostic du cancer du sein au Népal. Une part importante de son travail consiste à trouver des solutions frugales et accessibles en matière de santé.
Entretien avec une chercheuse engagée.
Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre projet de recherche ?
Je m’appelle Sweekrity Kanodia et je suis une femme chanceuse, originaire d’un petit village du Népal, qui a eu l’occasion d’apprendre et de grandir. En grandissant, j’ai été très intriguée par la biotechnologie et l’immensité de ce domaine. Au fur et à mesure que je m’enfonçais dans cette mer, j’ai réalisé son potentiel pour améliorer la vie des gens. Ayant vécu la difficulté de se faire soigner (j’étais souvent malade dans mon enfance) et observé la pauvreté autour de moi, j’ai voulu développer des technologies médicales frugales.
C’est pourquoi j’ai rejoint le programme de doctorat de l’école doctorale FIRE. Dans le cadre de ce programme, j’essaie de vaincre le cancer du sein avec mon équipe en exploitant les moyens numériques pour éduquer les femmes des villages ruraux du Népal sur le cancer du sein et l’auto-contrôle.
Mon projet de recherche vise à améliorer la santé du sein au Népal en utilisant des innovations numériques ouvertes et portables. les 2 aspects du projet sont les suivants :
- Une application open source pour éduquer les femmes sur la santé des seins et le cancer du sein : il s’agit d’une plateforme dont le code source est facilement accessible et qui peut être modifiée ou améliorée par n’importe qui.
- des fantômes de seins en 3D permettant aux femmes d’apprendre à distinguer les fibroadénomes (croissance normale) des cellules cancéreuses lors de l’autopalpation.
Quel est l’état d’avancement de votre projet ?
Nous travaillons déjà sur la deuxième version de l’application open source BreMo (Breast Health in Nepal Monitoring & Awareness), en l’améliorant en fonction des réactions obtenues lors d’une étude pilote menée à l’Institut Learning Planet. Nous ne voulons pas la lancer tout de suite car nous voulons d’abord l’évaluer scientifiquement en la testant sur le terrain avec le public cible.

La connexion à l’application BreMo est très simple et les utilisateurs peuvent choisir de se connecter également. Une interface simple permet aux utilisateurs de passer facilement d’un écran à l’autre. Les utilisateurs peuvent suivre un processus étape par étape pour apprendre à s’autocontrôler et à enregistrer leurs symptômes.

Le principal avantage de notre application BreMo par rapport à d’autres applications est qu’elle permet aux utilisateurs de sélectionner leurs symptômes à partir d’une liste de symptômes, ce qui facilite leur identification et leur enregistrement.
Dès que cette nouvelle version de BreMo sera prête, nous serons prêts à aller sur le terrain – dans les régions occidentales du Népal – pour tester notre application par rapport à la méthode traditionnelle locale de diffusion d’informations sur le cancer du sein par le biais d’affiches.
J’ai commencé à collaborer avec des ONG comme la Khokana Women’s Society et le Nepal Network for Cancer Research and Treatment au Népal pour effectuer des tests sur le terrain. Nous rassemblerons des volontaires de la santé de différents districts et nous les formerons à BreMo.
Cette année, la Journée internationale de la femme est consacrée à “l’innovation et la technologie au service de l’égalité des sexes”. Pourquoi avez-vous décidé de mettre en place une application pour sensibiliser et partager des connaissances sur le cancer du sein ?
L’essor des technologies de l’internet et l’augmentation rapide de l’utilisation des téléphones portables m’ont poussée à réfléchir dans cette direction. J’ai été surprise, lors d’un des camps au Népal, de trouver l’internet même dans les endroits les plus reculés. C’est alors que j’ai réalisé qu’avec l’application mobile, je pouvais atteindre les villages les plus reculés où les infrastructures de soins de santé sont rares.
La technologie open source est extrêmement importante pour propager l’innovation dans le monde entier. “Open source” signifie accessible à tous, sans droits individuels. Je suis en faveur de l’open source ou de la science ouverte parce que toutes les innovations et améliorations dans le domaine de la science et de la technologie appartiennent à tout le monde. Le fait d’avoir des droits et un monopole sur ces innovations les rend moins accessibles et moins abordables. Si les innovations en matière de santé deviennent coûteuses, elles ne pourront pas être utilisées par la moitié de la population mondiale vivant dans la pauvreté, ce qui va à l’encontre de l’objectif des innovations et des réformes dans le domaine de la santé.
Le partage ouvert d’innovations telles que les échographes portatifs permettra de reproduire la fabrication de ces appareils au Népal sans avoir à les importer à des coûts déraisonnables. La présence d’un tel appareil dans chaque poste de santé peut permettre aux femmes de se rendre dans les postes de santé et d’examiner leurs seins une fois par mois.
Vous organisez un “Game-a-thon” (un “game-hackathon”) le 18 mars. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit en quelques mots ?

Le cancer est la première cause de mortalité dans le monde. en 2020, 10 millions de personnes mourront des suites d’un cancer. Il existe environ 100 types de cancer et 30 à 50 % de ces cancers peuvent être évités en évitant les facteurs de risque et en détectant les cancers à un stade précoce. La diffusion des connaissances sur le cancer est la première étape de la sensibilisation et donc du diagnostic précoce.
J’organise un jeu-othon pour promouvoir la sensibilisation au cancer et rassembler les personnes intéressées pour discuter et développer ensemble différentes idées de jeux qui peuvent être utilisées pour promouvoir l’information sur les différents cancers.
Des personnes de toutes disciplines – avec ou sans connaissances en matière de développement de jeux – sont invitées à travailler en synergie et à reproduire des solutions basées sur le jeu qui peuvent donner aux gens les moyens de prévenir la probabilité de contracter un cancer ou d’améliorer leurs chances de survie en favorisant le dépistage précoce.
Cette approche est intéressante car elle permet aux gens de discuter et d’imaginer ensemble. Elle ouvre également la voie à des idéologies et des pensées diverses qui aboutissent à des résultats fous !
NB : Les inscriptions seront clôturées le 10 mars 2023.
Avec qui travaillez-vous sur votre projet de recherche, et comment ?
Fabien Reyal(Institut Curie) et Jean Christophe Thalabard(Université Paris Cité) encadrent et guident mon travail en tant que directeurs de recherche.
Je reçois un soutien supplémentaire du Nepal Network For Cancer Research and Treatment pour valider mes idées et mon travail dans le contexte du Népal. Le Dr Banira Karki, gynécologue et passionnée de sensibilisation au cancer du sein, donne son avis sur l’amélioration de BreMo. La Khokana Women’s Society m’aide à organiser une formation pour les femmes bénévoles en santé communautaire (FCHV).
Le Dr Kevin Lhoste, du MakerLab de l’Institut Learning Planet, m’a également aidée à développer et à tester l’application. 4 étudiants du programme de licence (Licence FdV) de l’Institut Learning Planet m’aident maintenant à développer des fantômes de seins en 3D qui peuvent être utilisés pour la pratique de l’autocontrôle.
Vous faites partie de l’école doctorale FIRE, vous travaillez avec le MakerLab, vous travaillez avec les étudiants de Licence FdV sur leur projet étudiant (SCORE), vous organisez un jeu-othon… Vous êtes définitivement une partie active de l’écosystème de l’Institut Learning Planet !
L’Institut Learning Planet a été déterminant dans la réalisation de mes objectifs. Le programme doctoral FIRE m’a donné l’opportunité de poursuivre le projet de mes rêves et m’a apporté un soutien exceptionnel tout au long de mon parcours. L’équipe du MakerLab de l’Institut et le soutien d’excellents chercheurs et enseignants m’aident à m’améliorer à chaque étape. Les nombreux séminaires et ateliers organisés tout au long de l’année m’aident à progresser sur le plan technique.
En savoir plus :
- L’événement organisé le 18 mars au MakerLab : ici
Les inscriptions seront closes le 10 mars.
- L’école doctorale FIRE
Les candidatures pour ce programme doctoral international et interdisciplinaire sont ouvertes ! - Le MakerLab: un lieu d’innovation où sont imaginées, prototypées et fabriquées des solutions frugales – c’est-à-dire reproductibles et ouvertes – aux problèmes environnementaux et sociétaux.
- “Cancer du sein au Népal : Current status and future directions“, National Library of Medicine, 2018
Cette publication s’inscrit dans le cadre de la Chaire UNESCO ” Sciences de l’apprendre “, établi entre l’UNESCO et Université Paris Cité, en partenariat avec le Learning Planet Institute.
Les idées et opinions exprimées dans cette publication sont celles des auteurs. Elles ne représentent pas nécessairement les vues de l’UNESCO et n’engagent en rien l’Organisation.




